Depuis toujours, et surtout dans les petites villes, les
bibliothèques municipales (BM) font ce qu’elles peuvent avec l’argent qu’on
leur donne, le plus souvent sans que les usagers se plaignent. C’est le cas de
celle de Givet, dont la directrice,
Evelyne Devouge, vient de dresser un bilan
dans
l’Ardennais en date du 31 mars. Pourtant, son interview m’a un peu laissé sur ma
faim ! Elle y explique qu’elle achète des livres en deux exemplaires, que
les vieux lecteurs partent et que les jeunes arrivent, que certains usagers
lisent quinze livres par mois, d’autres dix, d’autres moins. On sait aussi par
ailleurs que ce lieu de culture, situé dans un
cadre superbe, abrite également des
expositions itinérantes, réalise des mois thématiques, participe aux Journées
du Patrimoine. Mais il y a de nombreuses autres choses que j’aimerais savoir ou
qui m’intriguent.
Tout d’abord,
le budget de la bibliothèque, publié par
l’Observatoire de la lecture publique, montre que
la BM de Givet a dépensé en 2009
pour ses
acquisitions de documents 600 euros de moins que celle de Vouziers et
autant que celle de Bogny-sur-Meuse. Quant aux
dépenses de personnel, elles ont
spectaculairement baissé en 2010. Dans ces conditions, on peut se demander si cet équipement est
vraiment prioritaire pour la mairie et ce ne sont pas l’absence
d’insatisfaction explicite et les contraintes budgétaires de plus en plus
fortes qui sauraient justifier le manque d’ambition, d’autant que la lecture
publique est une
politique dotée d’un contenu social depuis sa mise en place en
1945 par un gouvernement issu de
la Résistance. A Givet comme ailleurs, la
médiathèque étant la seule structure culturelle quasiment gratuite et ouverte à
tous les habitants de la commune, voire de
la Pointe, il faudrait mettre en valeur ce service
public, l’utiliser au maximum… et si on fait quelque chose, communiquer dessus,
y compris sur internet.
Concernant le point essentiel, à savoir la fréquentation,
les statistiques ministérielles donnent à l’échelle nationale en 2010, pour les
bibliothèques de niveau 1 comme celle de Givet, un taux de lecteurs actifs
(ayant emprunté au moins un document au cours de la dernière année) de 20 % sur
l’ensemble de la population communale. A Givet, ce taux est bien inférieur
puisque 350 personnes seulement fréquentent la salle de lecture sur
l’année ! De là à dire que la médiathèque est sous-utilisée par les
habitants, pour ne pas dire ignorée, il n’y a qu’un pas. Qu’en pense donc la
directrice ? Et surtout qu’en pense Claude Wallendorff, qui pourrait
d’ailleurs commencer par faire indiquer les horaires de la bibliothèque sur le
site de la mairie ?
En 2011, les statistiques montrent que la bibliothèque a
beaucoup désherbé : c’est évidemment nécessaire, mais, plutôt que de
mettre les ouvrages au pilon, a-t-elle eu la bonne idée de les vendre pour un
prix modique à la population lors d’une foire aux livres, ou de les céder à une
association ? Il semblerait que non ! D’autre part, pour renouveler
ses collections, d’ailleurs relativement importantes, la bibliothèque se
contente-t-elle de prendre en compte la demande des lecteurs et/ou cherche-t-elle
à l’infléchir ? Pour reprendre l’exemple donné par la bibliothécaire, les
histoires de la collection Chair de Poule passionnent peut-être encore les
adolescents, mais les éditions Bayard ont cessé de les publier en 2001, et il y
a quand même eu du nouveau depuis lors en littérature jeunesse…
De même, cherche-t-on à séduire de nouveaux lecteurs au sein
du public potentiel des Givetois ? Anticipe-t-on leurs besoins de façon à les
attirer, puis à les conserver ? Les diplômés, les moins diplômés ? Et
même les défavorisés ? Quant au public scolaire, dont parle la directrice,
comment fait-on pour lui rendre la bibliothèque attractive ? Tire-t-on parti
des sujets ardennais pour concevoir des expositions originales ? Avoir un
fonds local, c’est bien, le mettre en valeur, c’est mieux ! J’imagine
qu’on organise des matinées dédiées aux scolaires, primaires et
maternelles. Mais avec quel contenu ? Organise-t-on des aides aux
devoirs ? Des heures du conte pour les plus petits ? Quels sont les
contacts avec la ludothèque récemment créée ?
Mais par-dessus tout, j’aimerais savoir si la médiathèque
envisage d’aider les chômeurs à trouver un emploi. De nombreuses BM françaises
et européennes essayent en ce moment de le faire, dans des villes moins
touchées par la crise. Si ce n’est pas le cas, on pourrait donc créer un rayon
emploi-concours-insertion professionnelle mis à jour en permanence, le faire
connaître, assurer des formations au CV, à la lettre de motivation et aux
outils informatiques. La bibliothèque pourrait même, comme l’a fait sa consoeur
ardennaise de Signy-l’Abbaye, abriter dans ses locaux un service d’aide sociale
avec lequel elle fonctionnerait en symbiose, en lieu de vie. C’est d’autant
plus nécessaire qu’il n’existe pas de Pôle Emploi à Givet, où près du quart de
la population est au chômage. A-t-on discuté de cette situation avec le maire ?
Avec les responsables du centre l’Alliance ? Avec les gens du Point
Multimédia ? Avec d’autres associations, notamment celles du Centre
culturel où elle se trouve ?
La directrice met en avant ses liens avec la docte
association Ardenne Wallonne : c’est parfait, mais ne pourrait-on lui
demander, en échange des services que lui offre la bibliothèque, de mobiliser
ses contacts belges ? En effet, pourquoi ne pas aller voir ce que l’on
fait de l’autre côté de la frontière ? Il y a, à quelques lieues de Givet,
des structures qui font des choses admirables avec peu d’argent. Je pense,
entre autres, à la
Bibliothèque Livre-Choix au sein du Foyer culturel de
Doische, qui assure des animations imaginatives, telles que concours de
nouvelles, défis-lectures, lectures de contes et comptines, relais-lecture dans
les villages de l’entité, et bien d’autres choses encore. Le responsable est en
attente de propositions françaises : a-t-on déjà pris contact avec lui ?
Je sais bien qu’en France les structures administratives sont plus lourdes
qu’en Belgique, et les tarifs différents. Mais je vois aussi que les
réalisations transfrontalières ont le vent en poupe, notamment dans le
Nord-Pas-de-Calais voisin ; que les partenariats permettent de faire plus avec
moins d’argent ; et surtout, surtout, je sais que Givet a un besoin urgent
d’actions socio-culturelles efficaces pour aider sa population, et qu’il n’y en
aura jamais assez…