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"Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel" (Jean Jaures/discours à la jeunesse)

"Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel" (Jean Jaures/discours à la jeunesse)

vendredi 14 décembre 2012

Le chiffre du jour !


39,6 millions d’euros ! C’est le montant des exonérations dont ont bénéficié au premier semestre 2012 les entreprises qui se sont installées depuis le 1er janvier 2007 ou qui ont procédé à une extension depuis la même date dans le Bassin d’Emploi à Redynamiser des Ardennes. Créés par l’article 130 de la loi n°2006-1771 du 30 décembre 2006, les B.E.R. correspondent à des espaces économiquement tellement sinistrés que des avantages particuliers leur ont été attribués afin d’y relancer l’emploi. Parmi ceux-ci, les principaux sont l’exonération pendant 7 ans des charges sociales sur les emplois créés et de l’impôt sur les sociétés, ainsi que l’exonération pendant 5 ans, si les collectivités locales ne s’y opposent pas, de la taxe foncière et de l’ancienne taxe professionnelle. Des avantages considérables dont ne bénéficient que 2 zones d’emploi en France qui ont été délimitées avec précision par le décret du 20 février 2007 : le B.E.R. de Lavelanet, dans la région Midi-Pyrénées, qui englobe 56 communes et le B.E.R. dit de "la Vallée de la Meuse"  qui s’étend sur 362 communes allant par ordre alphabétique d’Aiglemont à Yvernaumont et correspondant en fait à la totalité du département des Ardennes, à l’exception de l’arrondissement de Rethel. 

Dans le détail, cette somme, qui provient de sources sérieuses comme l’URSAFF et la direction des impôts, se décompose de la façon suivante : 7 millions d’exonération de cotisations sociales patronales, 22 millions d’exonération d’impôt sur les bénéfices et 10,6 millions d’exonération de la taxe foncière et de la contribution foncière des entreprises. Un beau cadeau qui, cumulé depuis le 1er janvier 2007, représente plus de 430 millions d’euros, soit le coût annuel du recrutement de 12.000 professeurs ou encore 3 fois le budget annuel des restos du coeur ! Toute la question, maintenant, est de savoir pour quel résultat ? Si l’on en croit l’association Zone Franche Ardennes, qui est une fervente partisane de ce dispositif, ce serait pour un résultat très positif puisque 733 entreprises auraient peu ou prou bénéficié de ce dispositif au 31 décembre 2011, avec à la clé la création ou la pérennisation de 3.600 emplois. Mais pour ceux qui, comme le PG/La Pointe, regardent les chiffres du chômage dans le B.E.R. et qui ne peuvent que constater qu’ils ont progressé au point de dépasser localement 15 % de la population active, c’est clairement un échec qui démontre par anticipation que le fameux choc de compétitivité prôné par le rapport Gallois, lequel n’est qu’une extension au niveau national de l’expérience des B.E.R., ne permettra pas à la France de surmonter ses difficultés économiques actuelles...  

Laurent Bouvier

jeudi 13 décembre 2012

La conférence nationale contre la pauvreté résumée en 4 dessins





Pauvres déclarations face à la pauvreté


"A l’issue de la Conférence nationale contre la pauvreté, et alors que 8,5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France, on aurait pu attendre de véritables réponses de la part d’un gouvernement de gauche. A défaut d’une politique de lutte contre la pauvreté, Jean-Marc Ayrault offre une misérable aumône de Noël aux bénéficiaires du RSA. Le RSA sera revalorisé de 10% sur 5 ans. Son indexation actuelle étant inférieure au taux d’inflation, la hausse totale risque de ne pas être bien supérieure à l’évolution des prix. Aux millions de citoyens qui doivent survivre avec 475 euros par mois, le premier ministre jette à la figure un bon d’achat de 9,5 euros par mois. Soit 30 centimes par jour. Même pas le prix d’une orange. De quoi organiser des trocs avec les smicards qui, eux, se sont vus offrir un Carambar journalier au cours des premières heures du quinquennat Hollande.

Alors que  l’Unedic prévoit 124 000 demandeurs d’emplois supplémentaires pour 2013, l’assurance chômage n’a prévu d’en indemniser que 7 300 de plus qu’en 2012. 7 300, vous avez bien lu. Les autres devront survivre avec des miettes de RSA. Et l’extension automatique du RSA aux jeunes de moins de 25 ans n’est toujours pas prévue alors qu’ils sont de plus en nombreux à être dans l’extrême pauvreté. D’après ce gouvernement, on ne peut pas vivre avec 475 euros par mois, mais avec 484, ce sera la panacée. Les pauvres ont droit à moins de dix euros par mois pendant que 4 milliards d’euros sont dépensés dans des grands projets inutiles tels que l’aéroport de Notre Dame des Landes.

A quoi servent les discours politiciens larmoyants sur les 8,5 millions de pauvres que compte notre pays, s’ils ne sont pas suivis d’actes concrets permettant de réduire les inégalités ? A passer le temps. Ce n’est pas des miettes dont les pauvres ont besoin mais d’une vraie politique de redistribution des richesses car ces dernières existent en France. Mais c’est une extrême minorité qui se les accapare."


Leila Chaibi, Secrétaire nationale à l’abolition du précariat

mardi 11 décembre 2012

Quand la presse dissèque avec force détails un scandale...


Révélé sur ce blog par deux articles publiés le 29 novembre et le 02 décembre, le scandale du logement insalubre dans lequel vivait depuis de nombreuses années un habitant d’Aubrives  placé sous tutelle renforcée de l’UDAF (union départementale des associations familiales) vient d’être dévoilé au grand public dans un dossier particulièrement complet paru dans l’édition de hier de l’Ardennais. A sa lecture que vous pourrez faire en réalisant un simple clic sur l’affiche ci-dessous, on découvre les conditions, non seulement inadmissibles mais aussi particulièrement dangereuses voire potentiellement mortelles, dans lesquelles cette personne a dû vivre. Et ce dans l’indifférence la plus absolue du maire de la commune, Gilbert Leclercq, qui affirme n’avoir jamais été au courant de la situation ! Si c’était le cas, on pourrait lui pardonner son inaction. Hélas, la situation est tout autre comme le montre par exemple la lettre que je me fais un devoir de vous communiquer ci-dessous, en date du 12 août, qui lui a été adressée et qu’il a bien reçue comme en atteste l’accusé de réception sur lequel il a bien voulu apposer son paraphe. Un oubli de sa part ? Non ! Un mensonge de plus qui s’ajoute à la longue liste des vilenies que ce triste sire a commises depuis son entrée en fonction...

Laurent Bouvier 



(pour une meilleure lecture de la lettre, vous pouvez l'agrandir en faisant un clic gauche dessus)

Givet : l’heure de vérité approche pour le lycée Vauban !


Depuis plusieurs années, le lycée de Givet ne cesse de voir sa voilure se réduire. Après la fermeture de sa quatrième classe de Seconde puis le transfert à Revin d’une des deux options qui y étaient enseignées en STG (sciences et technologies du tertiaire), c’est le peu qui restait  de cette filière qui est passé à la trappe avec la suppression cette année de la classe de Première et l’an prochain de celle de Terminale. Sans parler des nombreuses options qui ont disparu dans le silence le plus complet ! Une cure d’amaigrissement drastique que les autorités de tutelle ont justifiée par la baisse que personne ne peut contester des effectifs, mais qui a eu pour effet de diminuer l’attractivité de l’établissement, entraînant ainsi une nouvelle baisse des effectifs. C’est donc un cercle négatif qui a été enclenché, voire mortifère, puisqu’en faisant chuter le nombre des élèves à 200 à peine à la rentrée 2012, il a fait passer le lycée Vauban en dessous du seuil critique jugé nécessaire à son maintien par les technocrates du Rectorat.

Ainsi, c’est la survie à court terme du lycée de Givet qui se pose maintenant ! D’ailleurs, Patrice Dutot, le nouveau patron de l’Education Nationale dans les Ardennes qu’il ne faut plus appeler simplement l’Inspecteur d’Académie mais plus pompeusement le DASEN (directeur académique des services de l’éducation nationale), ne l’a pas caché lorsqu’il est venu rencontrer les enseignants de la cité scolaire le tout premier jour de cette année scolaire. Il a joué cartes sur table et a bien précisé que tous les scénarios étaient possibles, depuis le maintien en l’état de l’établissement jusqu’à sa fermeture pure et simple en passant par une éventuelle transformation en lycée technologique, voire professionnel. Une franchise qui l’honore et qu’il a assortie de l’engagement de revenir dans l’établissement avant les vacances de Noël afin de présenter en avant-première aux enseignants les résultats de son diagnostic sur l’offre de formation dans la vallée de la Meuse ainsi que les propositions qu’il soumettra au Recteur, lequel prendra au final la décision .

Toute la question est désormais de savoir ce que Monsieur Dutot sortira de sa hotte ! Pour le moment, il est trop tôt pour le dire, mais une chose est sûre, nous allons le découvrir très bientôt étant donné qu’il a annoncé sa venue dans l’établissement le 17 décembre, de 18h00 à 20h00, afin de rencontrer non pas tous les enseignants comme initialement prévu mais seulement les membres de la commission permanente du lycée, au sein de laquelle ne siègent que 3 représentants des enseignants, ainsi que la fédération des parents d’élèves. Un mini concile en quelque sorte, qui n’augure rien de bon puisqu’on peut supposer qu’en cas de bonne nouvelle, le DASEN se serait fait un plaisir de l’annoncer dans une grand-messe ouverte à toute la communauté éducative. D’après les dernières rumeurs, on s’orienterait cependant vers la fermeture de la filière Littéraire, qui serait transférée à Revin, et vers l’ouverture en septembre 2013 d’un bac professionnel "environnement nucléaire" en alternance.

Deux hypothèses d’autant plus vraisemblables qu’une demande officielle d’ouverture d’une filière Littéraire a été faite par le Proviseur de Revin et que celui de Givet a lancé auprès des enseignants du lycée ce qu’il a appelé un "appel d’offres" afin de trouver des volontaires en Eco-Gestion (1 poste), en Lettres-Histoire-Géographie (2), Maths-Sciences (2), Anglais (1), Arts Plastiques (1) et Prévention santé environnement (1). Un "appel d’offres" assorti d’un impératif troublant, à savoir donner une réponse de principe avant le 17 décembre 2012, date à laquelle aura lieu au lycée une commission technique pour aborder la mise en place de la formation en alternance dans le domaine nucléaire, quelques heures seulement avant la venue du DASEN ! De là à penser que les jeux sont faits et que l’actuel lycée général de Givet va laisser la place à un lycée professionnel qui sera rattaché administrativement à celui de Revin, il n’y a qu’un petit pas que le PG/La Pointe, par prudence, ne franchira cependant pas aujourd’hui...

Laurent Bouvier

lundi 10 décembre 2012

Formation à l'audit citoyen des collectivités

 


Les CAC des Ardennes et de Reims organisent une formation à l'audit citoyen des collectivités locales et des hôpitaux qui se déroulera dimanche 3 février de 9h30 à 18h à Reims.  Elle est ouverte aux intéressé(e)s de toute la région Champagne-Ardennes. L'intervenant sera Patrick Saurin du CAC national, spécialiste de l'audit citoyen des collectivités et des hôpitaux. 

Par cette initiative, nous souhaitons non seulement acquérir du savoir-faire nous permettant d'exercer un véritable contrôle citoyen, mais aussi de créer l'opportunité d'un échange avec des militants de la toute la région et de favoriser ainsi une dynamique dépassant les frontières du département. 
Si vous souhaitez participer à cette formation, inscrivez-vous rapidement en répondant à ce message, toute en précisant si vous souhaitez y voir aborder des questions particulières. 
Les organisations signataires sont invitées à relayer ce messages à leurs listes d'adhérents et sympathisants. 
Bien cordialement, 
pour le comité de coordination, 
Annette Bönzli

ArcelorMittal: l'échec du modèle Goldman Sachs


Le drame de Florange était inscrit de longue date. Dès le mois d’août 2006, au lendemain du succès de l’OPA hostile de Mittal sur Arcelor, serait-on tenté de dire. La sidérurgie lorraine, mais aussi belge, et peut-être demain européenne, paie aujourd’hui le prix de l’échec d’un modèle financier mis en place lors de cette attaque boursière. Si Lakshmi Mittal, financier de haut vol, en est le premier acteur, la banque Goldman Sachs, qui l’a accompagné dans toute ce périple, porte une lourde responsabilité. Négligeant les réalités industrielles, les caractéristiques du secteur sidérurgique, elle a soutenu la financiarisation d’une industrie lourde, ce qui menace aujourd’hui de l’entraîner par le fond.

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui autour de Florange et dans tout le groupe, il faut se reporter au début de l’histoire.


26 janvier 2006. À la surprise générale, Lakshmi Mittal lance une OPA hostile sur le groupe Arcelor. La France découvre alors ce milliardaire indien, mais de nationalité britannique et totalement intégré à la City depuis vingt ans, aujourd'hui sixième fortune mondiale. Dans les milieux de l’acier, on connaît un peu cet homme d’affaires, qui a pris pied dans la sidérurgie européenne en rachetant des sites industriels dont les grands groupes souhaitaient se séparer, parce que jugés trop peu rentables ou sur des productions trop bas de gamme.

C’est ainsi qu’ils l’ont vu racheter des sites en quasi faillite en Roumanie, en Bulgarie, des usines mal positionnées comme Unimétal, un site d’Arcelor, ou des mines au Kazakhstan (donnant lieu, selon la BBC, à des 100 millions de dollars de dessous de table).Puis ils l’ont regardé prendre son envol avec le rachat du sidérurgiste américain en difficulté, International Steel. Mittal Steel grandit, mais reste un acteur moyen.
Aucun des grands groupes sidérurgistes n’aurait pensé pouvoir être une cible pour Mittal. Encore moins Arcelor.Il est alors le numéro un mondial de la sidérurgie, depuis la fusion quatre ans plus tôt du français Usinor, du luxembourgeois Arbed, du belge Cockerill Sambre et de l’espagnol Aceralia. Après pas loin de vingt ans de lourdes et dramatiques restructurations marquées par des centaines de milliers de suppressions d’emplois, qui ont coûté des centaines de milliards aux gouvernements européens, le nouveau groupe est un des plus performants du monde, positionné sur des aciers de très haut de gamme et déployé sur presque tous les continents.

Comment Lakshmi Mittal ose-t-il s’attaquer à un tel géant ?, se demandent, stupéfaits, les dirigeants du groupe, les observateurs et les gouvernements européens. Une communication très habile, menée en France par Anne Meaux d’Image 7, présente le milliardaire comme le parfait entrepreneur, l’industriel qui ose bousculer les places fortes. Un capitaliste, un vrai, qui n’a pas peur de plonger dans le grand bain de la mondialisation. Bref, le contraire de ces dirigeants «poussiéreux » d’Arcelor, qui ont vécu à l’abri des États.

L'ombre de Goldman Sachs

La réalité est un peu différente. Car derrière le«génial homme d’affaires »se cache l’ombre tutélaire de Goldman Sachs. À cette époque, la banque est inquiète : elle a prêté plus de 7 milliards de dollars à Mittal pour l’aider dans ses diverses acquisitions. Mais le groupe est à la peine et Goldman Sachs n’est pas sûr de revoir la totalité de sa créance. Il faut adosser Mittal à un groupe plus puissant. L’idée s’impose vite que plutôt que de se vendre, il pourrait acheter.
Arcelor paraît la cible idéale. Le groupe est riche, il est puissant et il n’est pas contrôlé ! À l’exception du Luxembourg, les États européens, épris d’un libéralisme de bon ton, ont décidé de renoncer à avoir tout droit de regard sur le groupe, en dépit des milliards de subventions accordés précédemment et du poids du groupe sur des filières industrielles entières, des répercussions sur l’emploi et dans certaines régions. Baignés dans une culture industrielle, les dirigeants d’Arcelor ne surveillent que de loin un cours de l’action qui végète. Tous les éléments sont réunis pour une attaque boursière en règle.
De plus, en rapprochant les deux groupes, le nouvel ensemble contrôlera plus de 10 % du marché mondial de l’acier. Cela lui donnera la taille suffisante pour peser sur les prix mondiaux. L’argument plaît doublement aux banquiers de Goldman Sachs. C’est l’assurance d’avoir un groupe très rentable. Mais c’est aussi un bon pari pour leurs activités detrading : après avoir résisté pendant des années, les sidérurgistes européens, qui alors dominent le marché mondial, ont fini par accepter que des contrats à terme sur l’acier, avec tous les instruments financiers qui les accompagnent (dérivés, options, etc.) soient négociés sur le London Metal Exchange. Décidément, cette OPA hostile sur Arcelor apparaît sous les meilleurs auspices.
Face à la puissance et au savoir-faire financier éprouvé de Goldman Sachs, la défense d’Arcelor est gauche et maladroite. Les dirigeants cherchent d’abord l'appui du russe Severstal, un allié récent, que les communicants de Lakshmi Mittal s’empressent de présenter comme l’entrée de l’oligarchie russe la plus corrompue, ce qu’il n’a jamais été. Puis, ils étudient une alliance, au travers un montage très compliqué, avec le rival de toujours : l’allemand ThyssenKrupp. Mais les discussions échouent. Divisée, car les intérêts nationaux dans ce groupe européen récent ont fini par prendre le dessus, l’équipe dirigeante se disloque.
Le Luxembourg , actionnaire à hauteur de 7 %, passe le premier dans le camp de Mittal, contre la promesse de garder le siège du groupe au Luxembourg et de veiller aux intérêts du Grand-Duché. Le gouvernement français, qui n’est plus actionnaire et n’a plus aucun droit de regard, patauge. Après s’être fait rappeler à l’ordre par Bruxelles, qui juge ses demandes trop nationales et contraires à la concurrence et à la liberté des capitaux, il tente de négocier quelques conditions. Une lettre d’intention de 45 questions est envoyée à Lakshmi Mittal pour lui demander des engagements sur l’information préalable en cas de décisions importantes, sur l’emploi, sur le maintien des sites, sur la protection de la recherche – Metz est alors le site de recherche sur l’acier le plus avancé du monde.
L’homme d’affaires consent à tout, s’engage sur tout. « Il n’a tenu aucune de ses promesses », dit aujourd’hui Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif.
De toute façon, dans cette OPA hostile, les gouvernements, comme les salariés, comme les collectivités locales, comme les fournisseurs, n’ont pas leur mot à dire. L’affaire se négocie avec les seuls actionnaires. L’offre qui était jugée inadmissible à 18,6 milliards d’euros, devient magnifique à 25,6 milliards quelques mois plus tard. L’OPA est réussie. À lui seul, Lakshmi Mittal et sa famille détiennent 41 % du groupe. Il est au sommet de sa gloire. En 2008, il sera nommé administrateur de Goldman Sachs et d’EADS, en signe de reconnaissance.
les cycles de l'acier
Les salariés d’Arcelor comprennent vite qu’ils ont changé de monde. Habitués à penser sur le long terme, ils se retrouvent plongés dans une vision court termiste où le dividende trimestriel et les intérêts de la famille prennent le pas sur tout autre considération. La quasi totalité des dirigeants du groupe est évincée. Le pouvoir est concentré dans les mains de Lakshmi Mittal, de son fils, propulsé à 23 ans directeur financier, de sa fille, nommée administratrice, et de ses hommes de confiance, sans que la presse anglo-saxonne, qui dénonçait jusqu’alors la gouvernance étroite d’Arcelor, ne s’en émeuve.
Le groupe, jusqu’alors ouvert, se referme. Le pouvoir y devient secret, opaque et discrétionnaire. Toute stratégie industrielle disparaît. La seule ligne de conduite est de dégager le plus d’argent possible pour le groupe et pour la famille.
Car le montage imaginé pour reprendre Arcelor repose sur une pyramide de dettes à tous les étages. « Jamais Goldman Sachs n’aurait dû leur proposer un tel montage. Cela ressemble un gigantesque LBO (leverage buy out). Endetter de la sorte une entreprise industrielle, travaillant dans un métier très cyclique et demandant d’énormes investissements en capitaux, est criminel », relève un banquier.
Dans un premier temps, le cycle de l’acier porte ArcelorMittal, pour le plus grand bonheur de son actionnaire principal. Les prix de l’acier atteignent des sommets. Tous les plans d’adaptation et de long terme, héritage des années de restructuration et de dialogue social, sont annulés. L’ancienne direction d’Arcelor prévoyait ainsi de gérer sur dix ans la fermeture de ses hauts fourneaux continentaux (Liège, Charleroi, Florange, Brême), jugés peu compétitifs, afin d’éviter les drames sociaux et de préparer la reconversion tant économique que sociale des sites. Mais la gestion prévisionnelle n’est plus de mise.
« Florange ne sera pas touché », assure alors Lakshmi Mittal, qui promet de nouveaux investissements pour pérenniser les hauts-fourneaux et la filière à chaud. Il fait les mêmes promesses en Belgique. Tout doit tourner à plein : il faut produire le plus d’acier possible au moment où les cours sont élevés. En 2007, ArcelorMittal affiche un profit historique de 10,7 milliards d’euros. L’action et les dividendes s’envolent.
Porté par le succès, le groupe rachète à tour de bras, et au plus haut, des mines de charbon, de minerai de fer, des sites un peu partout dans le monde. Tout est à nouveau essentiellement financé par endettement. Mais la fatalité de la sidérurgie frappe à nouveau : le cycle se retourne. Les prix élevés ont amené tous les sidérurgistes à pousser leur production et leurs capacités de production. Les sidérurgistes chinois envahissent le marché mondial. Les prix baissent. Puis, avec l’arrivée de la crise, ils s’effondrent.
La gestion “stop and go”

Les salariés d’Arcelor redécouvrent alors la gestion « stop and go », qui avait marqué l’ère des grandes familles européennes de l’acier avant la crise de 1974. En concurrence avec les autres sites mondiaux du groupe, les usines européennes sont les plus maltraitées, car jugées trop chères et pénalisées par les normes environnementales. Les hauts-fourneaux sont éteints ou rallumés en fonction des prix, les investissements reportés à plus tard, comme les productions plus élaborées. Les salariés de Florange, Charleroi, Liège, Gandrange ne savent plus à quel saint se vouer : un jour, on leur promet un avenir, le lendemain, on les dit condamnés.

Un site comme celui de Fos est peut-être le plus emblématique de ce qu'est devenu le groupe. Sans aval, l'usine marseillaise produit des aciers de première fusion (coils, brames) qui sont réexpédiés dans le reste du groupe ou vendus sur les marchés mondiaux. En dépit – et peut-être à cause – de ce handicap, Fos a été une des usines les plus performantes du groupe et du monde. Elle est aujourd'hui totalement désorganisée. Les hauts-fourneaux sont allumés ou éteints en fonction des cours mondiaux. Les investissements, même d’entretien pour pérenniser l’outil industriel, sont différés. Combien de temps avant d'entendre dire que le site de Fos n'est pas assez rentable et a des problèmes ?

Alors que la crise s’aggrave, que le marché automobile, l'un des principaux débouchés de la sidérurgie européenne, s’effondre, ArcelorMittal est pris à la gorge. Fin 2011, il a plus de 22,5 milliards d’euros d’endettement net contre 19,7 milliards l’année précédente. Ses frais financiers s’élèvent à plus de 2,8 milliards d’euros. Ce qui ne l’empêche pas de verser l’an dernier 2,3 milliards d’euros de dividendes – plus que son bénéfice net de 2,2 milliards – dont 943 millions pour la seule famille Mittal. Les impôts du groupe, eux, s'élèvent à peine à 900 millions d’euros pour l’ensemble du groupe, dont zéro en France, grâce au miracle des prix de transferts.
Sans préavis, les décisions tombent. Le groupe tire un trait sur son activité dans les aciers inoxydables. Liège et Charleroi ferment. Les hauts-fourneaux de Florange, éteints, sont condamnés. Le Luxembourg aussi est touché. Les salariés découvrent du jour au lendemain les arbitrages de la direction. Les fournisseurs et les sous-traitants sont avertis sans ménagement. Les gouvernements et les collectivités locales sont mis devant le fait accompli. Tous les accompagnements sociaux et économiques, qui avaient permis la longue restructuration de la sidérurgie européenne, ont disparu. La finance ne s’embarrasse pas de tout cela, elle fait dans « le brutal ».

Mur de dette


« Je crains que ce qui se passe à Florange ne soit que le premier cas d’une longue liste », s’inquiète un connaisseur du dossier. L’avenir s’annonce sombre. Ce n’est pas seulement les surcapacités dans la sidérurgie, l’effondrement des prix et des débouchés qui fragilisent ArcelorMittal, mais sa situation financière, le modèle construit lors de son OPA hostile. Le groupe fait face aujourd’hui à un mur d’endettements. Il doit rembourser plus de 6 milliards d’euros entre 2013 et 2014. Sa dette est désormais classée en junk bonds : les refinancements vont coûter de plus en plus chers. Certaines émissions obligataires sont déjà au-dessus de 9 %. Il a les plus mauvaises performances et la plus mauvaise notation des groupes sidérurgiques mondiaux.
« Le groupe est désormais dans les mains des banques. Accepteront-elles ou non de suivre encore Lakshmi Mittal ? » s’interroge un proche du dossier. Fort du soutien de Goldman Sachs, celui-ci semble encore avoir leur soutien. Mais l’appui donné au milliardaire britannique risque d’être payé au prix fort par le groupe et ses salariés.
Lakshmi Mittal, en effet, n’a jamais vendu un actif. Et le contrôle familial est pour lui non négociable. Ces conditions sont lourdes de conséquences : cela signifie qu’aucune augmentation de capital n’est possible, car le milliardaire refuse de se faire diluer. Pour trouver des refinancements, le groupe risque d’être condamné à trouver des montages de plus en plus byzantins, de plus en plus chers. Tout cela au prix de nouveaux sacrifices sur les investissements, les salariés, les sites industriels.
Remis sur pied au prix de centaines de milliards d’aides, de milliers de suppressiond’emplois, de sinistres régionaux, le groupe se retrouve maintenant pris dans la spirale infernale des années 1970 où de vieilles familles socialisaient les pertes et empochaient les gains. Mais cette fois, il n’est même pas sûr qu’un sauvetage étatique soit possible. Les responsables de ce gâchis et cette destruction sont nombreux, y compris dans notre si “brillante” haute administration française. Combien auront à en rendre compte ?

Médiapart- 01 décembre 2012 | Par Martine Orange