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"Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel" (Jean Jaures/discours à la jeunesse)

"Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel" (Jean Jaures/discours à la jeunesse)

mercredi 23 janvier 2013

Non à la casse de l’Education Nationale dans les Ardennes

Cet après-midi, à 14h30, un rassemblement a eu lieu à Charleville-Mézières devant l’inspection académique afin de protester contre les annonces faites il y a tout juste une semaine par Patrice Dutot, le désormais célèbre Dasen des Ardennes. Malgré le froid et un horaire ne permettant pas à tout le monde de pouvoir être disponible, il a rassemblé, sans le moindre débordement, environ 250 personnes, parmi lesquelles on pouvait distinguer, entre autres, une quinzaine d’élus venus avec leur écharpe tricolore, des enseignants et des élèves parfois accompagnés de leurs parents. Tous étaient particulièrement remontés contre le projet de restructuration de l’offre d’enseignement dans le département, qui prévoit, d’une part la fermeture des sites d’enseignement de Buzancy et du Chesne, et d’autre part le transfert des filières générales du lycée de Bazeilles et de la série Littéraire du lycée de Givet respectivement dans les lycées de Pierre Bayle à Sedan et de Jean Moulin à Revin.  

Menés notamment par le sénateur UMP Marc Laménie, qui ne devait plus se souvenir qu’il a voté ces dernières années tous les budgets matraquant le service public de l’Education Nationale, les manifestants arboraient des banderoles rappelant, pour les unes les conséquences négatives qu’entrainerait pour les élèves et les territoires ruraux la fermeture des 2 collèges du Vouzinois, et pour les autres l’attachement des lycéens de Bazeilles au maintien dans leur établissement des filières hôtelières et générales. Certaines étaient plus piquantes comme celle reprochant à Patrice Dutot son comportement grâce à un détournement judicieux des 5 initiales de la fonction qu’il occupe. De façon prévisible, ce dernier a cédé à l’usage qui veut qu’une délégation soit reçue lorsqu’un tel attroupement de mécontents a lieu. Mieux, il en a reçu 4, c’est-dire une par établissement concerné par son projet de restructuration. Pour autant, s’il a écouté avec une attention certainement non feinte les arguments qui ont ainsi pu lui être exposés, il ne semble pas avoir reculé d’un pouce sur ses funestes intentions ! La contestation continuera donc, sous d’autres formes qui seront bientôt déterminées...

Laurent Bouvier   







A lire dans l'Ardennais d'aujourd'hui...

(pour une meilleure lecture de l'article, vous pouvez l'agrandir en faisant un clic gauche dessus)

mardi 22 janvier 2013

Se retrouver bénéficiaire du RSA après avoir travaillé une partie de sa vie, impossible?


Raymond a 52 ans. Il travaille depuis 32 ans. Il a toujours été ouvrier de production en fonderie. Depuis quelque temps il ne se sent pas bien : il a des douleurs dans le dos. Il souffre de ce que l’on appelle dans la législation des maladies professionnelles de troubles musculo-squelettiques. Tout simplement il est ce que j’appelle « cassé de partout »,  l’organisme vieilli prématurément par le travail de nuit, les casse-croutes avalés à la va-vite, les rythmes de travail etc. Il est en arrêt de travail depuis 6 mois.

Le médecin conseil de la sécurité sociale vient de le convoquer : il faut qu’il envisage de reprendre son travail. Physiquement, il n’est plus apte à son poste et son employeur ne pourra pas le reclasser dans l’entreprise. Il va donc être licencié au titre de l’inaptitude au travail et va se retrouver demandeur d’emploi. Comme il ne peut pas prétendre à sa retraite avant 62 ans, il n’aura jamais assez de droits aux allocations de chômage pour faire le lien avec sa retraite : il risque de devenir bénéficiaire du RSA.

J’entends souvent des réflexions péjoratives concernant ces bénéficiaires et j’ai exposé cette situation pour démontrer que personne n’est à l’abri et qu’un salarié qui a travaillé peut se retrouver sans droits en très peu de temps. Alors essayons de comprendre la situation des gens, ne jugeons pas sans savoir ce qui s’est réellement passé dans leur vie et se dire qu’un jour, cela peut nous arriver.

Françoise CARETTE                   -source : Vireux-Rive-Gauche -
 

lundi 21 janvier 2013

Vous avez dit "austérité" ? Bizarre !

Pour nous mettre dans l'ambiance, le "Canard enchaîné" du 16 janvier, en première page,
s'intéresse au travail récent du Fonds Monétaire International (le FMI), le gendarme écono-
mique du monde.L'austérité et la rigueur constituent son credo, martelés par les media, et
mettent les pays à genoux.
C'est également au nom de cette vision des choses qu'un choc d'austérité salariale est préconisé,
soit-disant pour améliorer la compétitivité de la France.Ces docteurs Diafoirus, comme chez
Molière, ne connaissent que la saignée (des autres) comme remède.
Eh bien le FMI s'est trompé lourdement dans ses calculs sur les conséquences de l'austérité
mise en oeuvre pour réduire le déficit public, c'est à dire, les dépenses publiques non financées
par les recettes d'impôts.Conséquences sur la richesse nationale, appelée Produit Intérieur
Brut, ou PIB.
"Le FMI pensait qu'une réduction du déficit public de 100 réduirait le PIB de 50.Pas du tout !
C'est sans doute trois fois plus. Une paille.Autrement dit,trop d'austérité pourrait bien être
mortelle et le FMI se révéler un tueur en série !" écrit le Canard.
Bravo les experts ! Le pire c'est que les mêmes erreurs sont commises par la Commission
européenne, et par l'OCDE, l'organisation de coopération et de développement économique,qui
regroupe les 34 pays les plus riches du monde.
Les grossières erreurs du FMI ne l' "empêchent pas de continuer de plaider en faveur de l'austérité"
et avec lui les marchés de capitaux, et notre gouvernement PS-EELV.
Conclusion pour le Canard :"L'organisation de Washington plaidait, ces dernières semaines,
pour qu'en 2013 Paris réduise ses effectifs moins vite que prévu,pour ne pas aggraver encore la
crise.Elle va bientôt supplier Hollande d'abandonner la rigueur et conseiller à la Grèce de s'endetter ?"

Nous marchons sur la tête avec les fanatiques de la rigueur et de l'austérité.
Les économistes lucides et responsables se sont constitués en association qu'ils ont nommée
"Les atterrés". Ils parlent de débâcle de la rigueur, de capitalisme du désastre...
L'incompétence et l'imposture ont fait suffisamment de dégâts pour que les citoyens que nous
sommes, y mettent le holà.


Non à l'austérité et au chômage !
Une alternative est possible !
Il faut gouverner pour l'emploi !


Le Front de Gauche lance la campagne citoyenne contre l'austérité cette semaine.
Cette campagne est celle de tous les citoyens démocrates,responsables, et soucieux de l'intérêt
général, honnêtes, et solidaires.
Cette campagne de longue durée, est prévue pour plusieurs mois ,car elle s'attaque aux racines
de la dictature des marchés financiers et au productivisme, est puissante et méthodique.
La France a besoin d'une autre orientation économique, sociale et écologique que celle qui satisfait
aux exigences du MEDEF et des actionnaires.
Un large débat est organisé et va se dérouler.25 premières mesures sont proposées à la discussion.

François Hollande et son gouvernement PS-EELV ont fait le choix de l'austérité.
Partout en Europe, cette politique a entraîné une contraction de l'activité économique et une ex-
plosion du chômage.Il en va de même en France , avec 4,6 millions de demandeurs d'emploi.
le Front de Gauche ne l'accepte pas, et propose une alternative.Celle-ci s'appuie sur le refus de la
soumission au traité européen, aux marchés financiers et sur la volonté de promouvoir une autre
répartition des richesses en faveur du salariat, un autre type de développement économique non
productiviste, s'appuyant notamment sur la réindustrialisation de notre pays et la planification
écologique afin de satisfaire les besoins sociaux et écologiques du plus grand nombre.Il est urgent
de mettre en place une politique de création massive de millions d'emplois.

C'est parti !

par ch.Celdran

Pour commencer la semaine avec les idées claires (15)


samedi 19 janvier 2013

Vireux-Wallerand : la grenouille veut toujours se faire plus grosse que le boeuf !


Qu’est-ce qu’une ville ? La réponse à cette question qui, de prime abord peut paraître bête, n’est pas si simple qu’on pourrait le croire ! En effet, contrairement à ce que beaucoup pensent, ce terme ne correspond au sens de l’administration territoriale contemporaine à aucune catégorie particulière de communes puisque le décret de la Convention nationale du 10 brumaire an II (31 octobre 1793) qui est toujours en vigueur stipule que "toutes les dénominations de ville, bourg ou village sont supprimées et que celle de commune leur est substituée". Officiellement, il n’y a donc pas de ville en France ! Pourtant, on continue à utiliser couramment ce terme pour distinguer certaines communes des autres. Un non-sens ? Absolument pas puisque si l’administration a banni ce vocabulaire de ses références, ce n’est pas le cas de l’INSEE, notre très sérieux institut national chargé des statistiques. Pour lui, une ville est une commune possédant une population agglomérée (autrement dit sans compter les écarts) d’au moins 2.000 personnes, soit beaucoup plus qu’en Islande où le seuil est de 300 personnes, mais nettement moins par exemple qu’en Espagne et en Corée du sud où ce seuil est respectivement de 10.000 et de 50.000 personnes.

Symboliquement, il est donc intéressant pour une commune de dépasser le seuil fixé par l’INSEE afin de se distinguer de la masse des petites, des sans-grades, auxquelles on accordera forcément moins de considération. De plus, dans ce qui est encore la Communauté de communes Ardenne Rives de Meuse, ça a un autre avantage, et pas des moindres : cela permet de faire partie du club très fermé des communes qui bénéficient du financement des très coûteuses voiries d’intérêt communautaire ! Un véritable privilège dont bénéficient bien sûr Givet et Fumay, mais aussi Haybes et Vireux-Wallerand. Avec ceci de particulier, à savoir que si la population de Haybes dépasse sans conteste le seuil avec une population légale qui s’élève depuis le 1er janvier à 2.106 habitants, ce n’est pas le cas de celle de Vireux-Wallerand qui, pour la 4ème année d’affilée et malgré les déclarations de son maire dans l’Ardennais du 06/01/2010, lui est légèrement inférieure avec une population légale pour 2013 de seulement 1.978 habitants. Pourtant, comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessous, les véhicules de cette commune continuent à arborer fièrement l’appellation "ville de Vireux-Wallerand".

Un simple oubli d’adaptation à la nouvelle donne démographique, diront certains, mais pas le PG/La Pointe qui voit dans cet état de fait une volonté délibérée de cette commune de faire croire qu’elle a le droit de continuer à bénéficier du privilège financier conséquent réservé à celles qui jouent dans la cour des grandes. Il reste maintenant à espérer que les délégués communautaires vont mettre fin rapidement à cette anomalie qui devient avec le temps choquante...   

Laurent Bouvier    





Questions de style

GQ ! Ce soir-là je suis allé au Musée d’Orsay pour la soirée de remise des oscars du magazine GQ. J’y jouais le rôle de « l’homme politique de l’année 2012 ». Pour le style. J’ai créé un style selon cette rédaction. Entre un mathématicien, un grand cuisinier, et ainsi de suite. Ainsi de suite ? C’est-à-dire, vu de ma place à table et dans la salle des « lauréats », il s’agit surtout de Fabrice Luchini, réactionnaire assumé, qui entretient avec moi un rapport du type qui unit la mangouste et le crotale. On devine la mutuelle attraction, l’assaut du jeu des cabotinages, la joute serrée des mots et des références littéraires. Luchini n’aime pas Robespierre à qui il me compare autant par jeu que pour se situer. Ce fut notre sujet. Il me promit des lectures et je fis de même. Il me demanda conseil pour lire sur la Grande Révolution parce que je crois que je la lui ai présentée sous un jour nouveau. J’hésitais. Lui proposer Jaurès, Soboul ou plus directement Hazan me sembla trop anguleux pour lui. Je suggérais Michelet quoique je ne sois pas du même angle que celui-ci, et de très loin. Mais je me suis dit qu’un acteur et un littéraire entrerait plus facilement dans la beauté de ce moment de l’histoire par une évocation fortement teintée de lyrisme comme celle-là. Le tout est de lui mettre l’eau à la bouche, en quelque sorte.
Bien sûr on parla à table du revenu maximum annuel à trois cent mille euros. « avant ou après impôt » me demande Luchini. Je lui explique que la tranche à cent pour cent est inclue dans le barème de l’impôt. Les trois cent mille euros restent acquis ! Peut-être l’ai-je rassuré ! Pourquoi cette somme, comment, et ainsi de suite. Je ne dis pas que j’ai convaincu mais je vois bien que l’idée est alors comprise dans son sens exact : ni une punition ni une aigreur sociale mais un choix de vie en société où il est mis une limite à l’accumulation et aux consommations ostentatoires. A noter : stupeur de la tablée d’apprendre que le revenu maximum fut voté la nuit du 4 août quand furent abolis les privilèges féodaux. Le maximum à l’époque avait été fixé à 3000 livres de rente. Luchini n’a pas de raison a priori de nous être hostile. Et parmi tous ces gens que je vois là, si certains ne seront jamais de notre bord ni d’aucun appui politique, combien cependant sont venus me dire qu’ils votaient avec nous et comptaient sur nous. Mais oui ! Vous ne le croiriez pas. Moi aussi j’étais scotché. Et je ne parle pas seulement de ceux qui servent à table, ouvrent les portes, qui étaient tous, parfois imprudemment selon moi, chaleureusement heureux des salutations que nous nous fîmes contre l’usage qui fait ignorer les « petites mains » dans ces sortes de soirées. Je parle de quelques-uns des beaux messieurs et belles dames avec qui j’ai passé la soirée et partagé le repas. Quant aux autres, quoi ? Ils sont aussi notre pays. Il importe aussi qu’ils comprennent ce que nous allons faire et pourquoi nous voulons le faire. Surtout s’ils ne veulent pas en entendre parler. Et puis je suis rentré chez moi dans un Paris au froid de loup. Ce matin, au métro vers la gare de l’est où j’allais prendre mon train pour retourner à Strasbourg, un homme dormait par terre dans le hall avec son chien. Les Cendrillons d’hier savaient-ils que tous les carrosses redeviennent des citrouilles après minuit dans ce monde-ci ?
Ce matin un sms de victoire. Les camarades m’apprennent que les Pilpa ont gagné au tribunal. Peut-être mes lecteurs se souviennent-ils que je m’étais rendu dans l’entreprise en décembre pour soutenir la lutte, juste avant le meeting à Toulouse contre l’austérité ! Donc voilà : le plan social est rejeté. L’employeur est condamné à payer 2500 euros de frais de justice. Ces Pilpas vont sans doute fêter ça. C’est si dur de tenir en lutte ! Tout tient à la capacité du groupe humain à rester soudé. En tenant compte des contraintes qui pèsent sur chacun, et qui ne sont pas toujours dites, car la pudeur est là aussi. Une victoire c’est comme un matin de printemps : plein de promesses. La cohésion se renforce, on prend confiance en soi. Mais je suppose qu’il faudra aussitôt penser la suite. Car les décisions de justice favorables aux travailleurs sont méprisées par les puissants. Ils comptent sur l’usure et l’angoisse du lendemain qui ronge les salariés. Ce mépris ne leur coûte rien car il est rarement sanctionné. Et le nouveau gouvernement n’aide jamais. On se souvient du sort des Sodimédical et de leurs trente deux victoires judiciaires. Et on se souvient du « on ne vous oublie pas » que le président Hollande leur avait lancé quand les salariées étaient venues l’interpeller à la foire de Châlons-sur-Marne. Pour finir, on sait la suite ! Si l’accord avec le MEDEF passe, les courageux qui peuvent bloquer individuellement un « accord d’entreprise » qui diminue les salaires ou allonge la durée du travail seront réduits au silence. D’autant que le texte signé prévoit que les licenciements se feront, non plus sur des critères généraux, par exemple l’ancienneté dans l’entreprise, mais sur une évaluation des compétences professionnelles. Vague à souhait, cette disposition est faites pour pousser chacun à penser d’abord à sauver sa peau en compétition avec les autres. On devine le résultat sur l’action collective ! La lutte des classes…
Ambiance lunaire au parlement européen. Un « débat » impromptu a été décidé sur la situation au Mali. Dans cette enceinte subliminalement anti-française et assez névrotiquement anglo-saxonne, la guerre du Mali a pourtant valu à notre pays beaucoup de remerciements. Comment aurait-il pu en être autrement ? Ici phosphore la plus grande concentration de bellicistes de la planète, après le parlement nord américain bien sûr. Certes, Daniel Cohn-Bendit ne put s’empêcher de dire, toute arrogance germanique bien bue, que cette guerre « dépassait peut-être les moyens des Français ». Mais il jeta pourtant le bon pavé dans la mare. En effet il dit son malaise à entendre toutes les belles déclarations guerrières qui se succédaient mais qui, au bout du compte, n’empêchaient pas que sur le terrain seuls les français se trouvaient là. Les autres parlent. Et c’est tout. En effet. Comme ce néant ambulant de baronne Ashton, sommet d’une bureaucratie diplomatique dont elle attendait que la fonction crée l’organe et qui se résume à une coûteuse nullité. Car il y a tout de même deux ans que tous les signaux d’alerte ont été donnés en Europe sur la situation au Mali. Et pas que là ! Les grands esprits et la pauvre baronne en restèrent à la seule chose qui compte à leurs yeux : l’imposition de gré ou de force d’accords commerciaux de libre-échange. Ceux-là même qui disloquent ce qui reste d’Etat après dix années de politique violente d’ajustement structurel sous la houlette du FMI et de la banque mondiale. Un train-train libéral tellement aveuglé qu’il continue pendant que l’effondrement de l’état malien en signifie l’insondable cruelle stupidité. Même l’ONU a déclaré que ces accords étaient de nature à mettre en péril l’économie des Etats concernés. Mais quoi ? L’ONU, pour ces gens-là c’est pour faire la guerre avec bonne conscience. Pas pour donner un avis économique. Le jour même où ce ramassis de bavards sans consistance avait achevé leur « débat », arrivait dans les tuyaux du vote un rapport concernant l’approbation de tout le train d’accords avec les pays d’Afrique qui ont cédé aux injonctions européennes. Les récalcitrants sont en cours d’intimidation et sous le coup de diverses menaces, comme celle de se voir fermer le libre accès aux marchés européens ! Une audace protectionniste réservée à quelques-uns donc. Telle est « l’Europe qui nous protège ». Ce matin j’ai appris que l’Europe allait réfléchir aux mesures à prendre pour former l’armée malienne. Scrogneugneu, on va voir ce qu’on va voir ! La baronne peut aller piocher des idées auprès des USA qui ont déjà dépensé des millions de dollars dans cette formation pour ces officiers maliens qui sont maintenant en guerre contre l’armée régulière. Les gringos sont les rantanplans militaires de la planète.

Si le Mali m'était conté
Mali : ils le savaient avant
Hollande avait à peine fini de parler quand j’ai écrit mon communiqué à propos de l’intervention au Mali. On devine que j’ai pesé mes mots. On comprend aussi après ce que je viens de raconter ce que sont devenues toutes les nuances de ce que j’ai écrit : une transcription en noir et blanc. Qui n’est pas pour sans condition, sans réserve, sans question, sans mémoire et sans prédiction défavorable est donc contre. C’est-à-dire pour laisser faire. Donc pour la prise de Bamako par les terroristes, pour la charia, les supplices publics et l’asservissement des femmes. A moins qu’étant opposé à tout cela, mais sans me mettre au garde à vous, je sois seulement un inconscient des réalités de notre temps « dans-le-monde-qui-change-et-où-il-faut-défendre-les-frontières-de-la-démocratie-et-des-droits-de-l’homme-et-surtout-ceux-des-femmes » devant chaque pick-up rempli de barbus. Amen !
Ceci étant mis en facteur commun contre tout ce que je vais écrire à présent, voyons ce que j’ai osé dire, dix minutes après que Hollande a parlé. J’ai affirmé que l’intérêt d’une telle intervention pour régler le problème posé au nord de ce pays était discutable. Puis j’ai ajouté que l’intérêt de mener cette opération alors que les intérêts fondamentaux de la France ne sont pas en cause, selon le président lui-même, est très discutable, à moins de se proclamer Zorro de la planète. D’autant plus discutable qu’il y a des armées africaines très professionnelles dans le secteur. Puis j’ai conclu en notant que le fait de décider cela tout seul sans saisir le gouvernement ni le parlement est condamnable. Ce sera mon plan pour poser ici quelques arguments qui valent la peine de marquer une pause dans la marche au pas des esprits et des commentaires.
La légalité internationale de l’intervention d’abord n’est pas aussi assurée que le gouvernement veut bien le dire. Contrairement à ce qu'affirment nombre de médias sans l'avoir vérifié, cette intervention n'a été ni autorisée a priori, ni validée a posteriori par l'ONU. Les paragraphes 10 et 11 de la résolution 2085 de l’ONU, demandaient d'ailleurs expressément aux parties engagées dans la planification militaire des opérations (Cédéao, Union africaine, pays voisins du Mali, autres pays de la région, partenaires bilatéraux et organisations internationales) de retourner devant le Conseil de sécurité « avant le lancement des offensives ». Or cela n’a pas été fait. C'est même l'ambassadeur de France auprès des Nations Unies, Gérard Arnaud, qui l'a avoué. Il admet lundi 14 janvier que l’intervention est une « opération française d’urgence » et pas encore une mise en œuvre de la Résolution 2085. Et il ajoute que la question de savoir comment passer de l’une à l’autre est « une vraie question ». En effet, c’est un problème sérieux de savoir comment mettre en conformité une opération militaire française avec une mission internationale dont le nom même induit un commandement africain. La seule intervention pour laquelle l'ONU a clairement donné un mandat est celle d'une mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine, dite MISMA. Pourtant, de l’aveu même de l’ambassadeur français à l’ONU après la réunion qui s’est tenue à huis clos lundi 14 janvier et qui n’a donné lieu à aucune nouvelle résolution, les contingents africains n’étaient toujours pas arrivés à Bamako trois jours après le début de l’intervention. Notons que, dans les premières heures, l’orchestre médiatique affirma pourtant en boucle que l’intervention se faisait avec la participation de troupes africaines. Notez : en temps de guerre les informations pipeautées circulent vite et beaucoup par le biais des réseaux d’intoxication communicationnels, de la flemme, du panurgisme et de « l’ubris militaris ».
Les inconditionnels de l’opération « Serval » invoquent l’article 51 de la Charte des Nations Unies qui prévoit un droit de défense légitime en cas d’attaque armée d’un pays membre. Or la légitimité de l’appel des autorités provisoires du Mali à une intervention française est aussi discutable : l’actuel gouvernement du pays n’est pas un gouvernement démocratique mais le résultat d’un coup d’état mené en mars 2012 par le capitaine putschiste Sanogo. Ce dernier impose maintenant ses décisions au président par intérim Dioncounda Traoré. Pour l’heure, aucune date n’est fixée pour la tenue des élections qui devaient avoir lieu en 2012. Il nous est donc non seulement permis d’affirmer que la légalité internationale de cette intervention est discutable mais aussi que la légitimité de l’appel à l’aide du gouvernement Malien fait problème.
Mon communiqué affirmait ensuite que la décision d’intervenir alors que les intérêts fondamentaux de la France ne sont pas en cause est discutable. C’est le Chef de l’Etat lui-même qui l’a dit dans son allocution en affirmant que « la France sera toujours là lorsqu’il s’agit, non pas de ses intérêts fondamentaux, mais des droits d’une population ». J’espère bien que ce n’est pas la nouvelle doctrine diplomatique de la France. On peut d’ailleurs discuter sa thèse à plusieurs titres : de quels droits s’agit-il ? Et de quelle population ? Les groupes armés ne sont-ils pas une menace pour les intérêts fondamentaux du pays et pour les ressortissants français au Mali en particulier ? Passons la maladresse du discours du Chef de l’Etat et ses implications, n’est-il pas troublant que le « Canard enchaîné » suggère que le Qatar aurait pu fournir un appui financier, voire des forces spéciales, à certaines factions rebelles au Nord Mali pour former leurs recrues ? De cela au moins nous aurions aimé discuter.
Pour finir, mon communiqué condamnait une décision prise par le seul Chef de l’Etat sans consultation préalable du Parlement et sans réunion du Gouvernement. Plus qu’ailleurs, ces instances doivent avoir leur mot à dire dans le domaine des interventions des forces armées à l’étranger. C’est d’ailleurs la substance d’un amendement (n°292) qu’avaient soumis les membres du groupe socialiste (signé par deux ministres actuels, Montebourg et Valls, et par l’actuel président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, Bruno Le Roux) au moment de la révision constitutionnelle de juillet 2008. Ils souhaitaient alors que « le Gouvernement informe le Parlement des interventions des forces armées à l’étranger dans les trois jours qui suivent le début de celles-ci », qu’il « précise les objectifs poursuivis et les effectifs engagés » et enfin qu’il soumette « ses propositions au vote des deux assemblées dans les deux semaines qui suivent leur information ». Ils motivaient cet amendement en expliquant que « dans une logique démocratique avancée, il est nécessaire que le Parlement se prononce par un vote ». Les socialistes ont peut-être changé d’avis, moi pas.
En décidant seul, sur le fil de la légalité internationale, de déclencher cette opération, François Hollande expose le pays au risque d’un enlisement qu’il faut à tout prix éviter. Il est capital, au moment où nous sommes en train de partir d’Afghanistan, que les armes se taisent le plus rapidement possible et que notre pays ne soit pas engagé dans une nouvelle « guerre contre le terrorisme ». Les Bush, père et fils, leurs faucons, l’intervention menée par l’OTAN en Libye, nous ont appris qu’une guerre menée contre un concept relevait d’une illusion impériale qui ne conduisait jamais qu’au malheur.

Jean-Luc MELECHON sur son blog